Tarifs : quand la volte-face de Trump coûte 34 000 $ à une petite entreprise canadienne
Le comportement fantasque du président américain a des impacts bien réels au Canada. Par exemple, une entreprise de Brampton, en Ontario, doit payer des tarifs douaniers de plus de 34 000 $ parce que le camion qui transportait ses marchandises a eu le malheur de franchir la frontière entre minuit et 13 h 18 le 9 avril. Cette entreprise de Brampton importe et distribue des machines industrielles pour le travail du bois et les matériaux avancés. Elle a tenté, en vain, de faire passer sa marchandise avant l'entrée en vigueur de certains tarifs douaniers annoncés par Donald Trump. Or, quelques heures seulement après que le camion de Taurus Craco eut traversé la frontière, M. Trump a annoncé une pause de 90 jours sur ces mêmes tarifs douaniers. Selon certains experts, une telle facture inattendue peut être dévastatrice pour n’importe quelle PME. Le 2 avril, le président américain a annoncé qu'il allait imposer à 185 pays et territoires des droits de douane s'échelonnant de 10 % à 50 %. La Chine et les pays de l'Union européenne, dont les biens représentent ensemble environ le tiers des importations américaines, se sont donc respectivement fait imposer des droits de 34 % et de 20 %. Les importations en provenance de Taiwan, elles, font l'objet d'un taux de 32 %. Dans son annonce du 2 avril, M. Trump a expliqué que les nouveaux tarifs douaniers allaient entrer en vigueur en deux temps : un plancher de 10 % allait être imposé le 5 avril, puis les droits de douane supplémentaires sur les exportations des pays les plus pénalisés allaient suivre le 9 avril. Immédiatement, les employés de Taurus Craco se sont mis à l'ouvrage : ils ont préparé un immense envoi de produits originaires de ces pays par camion vers les États-Unis dans le but d’éviter ces tarifs douaniers démesurés. Après de longues heures effrénées de travail, le camion qui transportait ces marchandises a pris la route vers le poste-frontière de Port Huron le 8 avril vers 16 h. Il y est arrivé à 23 h 44, donc 15 minutes avant l’heure fatidique. Cependant, Taurus Craco n’était pas la seule entreprise à avoir eu cette idée. Il y avait un bouchon à la frontière. Résultat : les marchandises ont passé la frontière après minuit et la compagnie a reçu une facture salée de 34 571,28 $ CA en droits de douane, comme le montre la facture émise par Universal Logistics USA Inc. que Radio-Canada a pu consulter. Lorsque le camion a quitté Brampton le 8 avril à 16 h, D'après les documents de transport obtenus par Radio-Canada, le camion est arrivé dans la zone d'arrêt à Port Huron, au Michigan, à 23 h 59 le 8 avril, mais il n'a officiellement traversé la frontière qu'après minuit. Comble de l’ironie, « le jour suivant, dans l'après-midi, Trump a annoncé qu'il avait annulé ces tarifs, ces tarifs supplémentaires, pour 90 jours », raconte M. Love. L'entreprise a alors contacté sa société de courtage en douane, espérant que ces frais seraient annulés. Les tarifs douaniers doivent être payés par les importateurs. Cependant, Taurus Craco vend ses produits Ce qui frustre particulièrement le propriétaire, c'est que son entreprise a respecté toutes les règles : Taurus Craco importe et distribue des machines industrielles pour le travail du bois et pour les matériaux avancés. Photo : Radio-Canada / Nishat Chowdhury/CBC Taurus Craco emploie environ 30 personnes et génère un chiffre d'affaires annuel d'environ 20 millions de dollars, selon M. Love. Cette pénalité financière est donc difficile à absorber. Franchement, ce sont des coups comme celui-ci que les entreprises canadiennes, en particulier les petites entreprises, ne peuvent tout simplement pas se permettre. Dan Kelly est le président de la Fédération canadienne de l'entreprise indépendante (FCEI). (Photo d'archives) Photo : La Presse canadienne / Chris Young Cette incertitude a des effets dévastateurs sur l'entreprise de M. Love. Il explique que ses principaux clients sont des entreprises de taille moyenne à grande qui produisent du mobilier de bureau, des planchers de bois franc ou des armoires de cuisine. Or, compte tenu de l'incertitude des tarifs, ces entreprises ont cessé d'investir. Devant cette situation, Wes Love estime que les gouvernements devraient intervenir pour aider les entreprises dans des cas exceptionnels comme celui-là. Andreas Schotter, professeur de commerce international à la Ivey Business School, estime que le cas de Taurus Craco met en lumière un problème plus vaste pour les entreprises canadiennes. Selon lui, la stabilité des échanges commerciaux a créé un faux sentiment de sécurité. Cette situation révèle une vulnérabilité que beaucoup d'entreprises canadiennes n'avaient pas anticipée. Avec des informations de Sarah Petz et de Nishat Chowdhury (CBC) ainsi que de Lounan CharpentierNotre camion a traversé la frontière canado-américaine quelques minutes après minuit. En conséquence, nous avons reçu une facture d'environ [34 000 $] de tarifs que nous n'avions certainement pas prévus et que nous ne pouvons pas nous permettre
, explique en entrevue Wes Love, propriétaire et PDG de Taurus Craco Machinery Inc.Le cas tragicomique de Taurus Craco
Une note corsée
nous avons poussé un grand soupir de soulagement, pensant que c'était du bon travail et que nous avions bien servi nos clients américains
, se souvient M. Love. Mais le lendemain, l'entreprise a découvert que son camion n'avait franchi la frontière américaine qu'après minuit.Il a traversé entre 0 h 04 et 0 h 15, donc nous parlons ici d'une question de 20 minutes
, précise le propriétaire de l’entreprise.Ils ont passé quelques appels aux responsables des douanes américaines et le message que nous avons reçu, c'est que ces personnes malchanceuses qui ont expédié des marchandises dans cette période d'environ 12 à 13 heures sont soumises au tarif
, explique-t-il.rendus droits acquittés
, une expression qui signifie qu’elle est responsable du paiement de ces tarifs. De plus, bien que les tarifs entrés en vigueur le 9 avril à minuit ne concernent pas le Canada, les produits vendus par Taurus Craco sont fabriqués en Chine
, fabriqués à Taïwan
, fabriqués en Allemagne
, et sont assujettis aux tarifs douaniers de ces pays respectifs, même s’ils sont expédiés du Canada.C'est juste une situation déchirante pour nous puisque nous avons respecté les règles et tout bien fait pour essayer de maintenir un certain niveau de revenus.

C'est incroyablement injuste et décevant. Il est presque impossible pour un propriétaire de petite entreprise de suivre les nombreux changements que nous avons eus au cours des deux derniers mois sur les tarifs entre le Canada et les États-Unis. C'est un véritable gâchis
, explique Dan Kelly, président de la Fédération canadienne de l'entreprise indépendante (FCEI), en réaction à cette situation.Effets dévastateurs
Depuis l'investiture du nouveau président américain, comme vous le savez, les propriétaires d'entreprises canadiennes ont dû faire face à cet environnement commercial tumultueux
, explique M. Love. Des temps incertains et le report des tarifs, tantôt imposés, tantôt suspendus, ont certainement mis mon entreprise – et, j'en suis sûr, beaucoup d'autres – sous une pression extrême.
Il est impossible pour un propriétaire de petite entreprise d'essayer de répondre aux tweets du président et à la manière dont il se sent un matin donné. Ça devient vraiment difficile pour les entreprises d'avoir de la prévisibilité et de planifier les choses
, ajoute Dan Kelly.
Depuis que les tarifs douaniers entre le Canada et les États-Unis sont discutés, depuis décembre, notre marché est complètement stagnant.
Je pense que c'est une circonstance où le gouvernement provincial ou fédéral doit intervenir et essayer d'aider les entreprises qui ont essayé de faire ce qu'il fallait et qui ont été pénalisées par ce tarif exorbitant alors que nous avons fait tout notre possible.
Un manque de sensibilisation aux risques
Le plus gros problème, c'est que les entreprises canadiennes ne sont pas conscientes ou ne considéraient pas ces risques comme étant significatifs.
Depuis l'ALENA, puis l'ACEUM, tout a été tellement prévisible que les entreprises étaient plus disposées à prendre en charge le risque d'exportation et d'importation qu'auparavant, car il n'y a jamais vraiment eu de problème.
Maintenant, il y a un choc dans le système où, soudainement, ces droits de douane augmentent, et les entreprises qui ont essayé de rendre service à leurs clients en sont responsables
, ajoute-t-il.Je ne vois qu'une seule chose à faire : être super flexible. Dans votre chaîne d'approvisionnement, vous devez vous assurer d'avoir toujours des produits et des fournitures et essayer de trouver des sources alternatives.
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